koolfy

Fév 032011
 

REMARQUE : Cet article est long, très long et détaillé.
J’ai fait mon possible pour le rendre léger et facile à lire, mais il a la vocation d’être détaillé, méthodique et le plus exhaustif possible.
Il est très probable qu’il vous semble trop long, indigeste, ou redondant. Si tel est le cas, passez votre chemin.
Je comprendrais que seul les gens aussi passionnés que moi par le sujet prennent le temps de me lire jusqu’au bout, et remercie d’avance ceux qui me feront la grâce de cet effort.

Égypte, 25 janvier. Un équilibre fragile et malsain s’apprête à s’écrouler de tout son poids. Un poids lourd de trois décennies.

Dans ce que beaucoup s’accordent à qualifier de « Chute du mur de Berlin » orientale, un théâtre à la fois passionnant, rassurant, et terrifiant se déroule, selon que la victime de cette révolution soit un status-quo politique, un dictateur, ou des manifestants pacifiques.

C’est un évènement d’une ampleur et d’une complexité telles que nombreux sont ceux qui tentent de l’analyser sous toutes ses coutures, pour en tirer des vérités générales, des lignes directrices rejoignant les sociétés occidentales et orientales, ou leurs points de divergences.

Après un long silence sur mon blog, j’ai décidé de m’essayer à une analyse toute personnelle — mais pas forcément inédite — de ce que je tire de cet exemple, et qui n’a pas déjà été dit à travers la toile.

La révolution, un acte démocratique en 3 étapes.

On est tous en révolution.
Constamment.

Qu’on le sache ou non, on est soit à la veille d’une révolution, en train de déclarer cette révolution, en train d’exercer cette révolution, ou au lendemain d’une révolution.

Je pense que la « révolution » est une composante naturelle d’une société démocratique. Elle exprime simplement le fait qu’une société évolue, et est parfois en désaccord avec le pouvoir en place, élu ou pas. Elle exprime simplement le fait qu’il est régulièrement temps de remettre en question nos dirigeants, pour que notre pouvoir évolue de la même façon que la société évolue, et qu’une même façon de diriger, un pouvoir déterminé, a toujours une date de péremption.

C’est pourquoi on est régulièrement appellé aux urnes dans nos régimes démocratiques.

Internet a accéléré le développement de notre société dans son ensemble, c’est donc très naturellement que certains pouvoirs, lents à se remettre en question, se voient forcés à évoluer par leur peuple. Il s’agit de rétablir un équilibre.

Cette révolution s’exprime de beaucoup de façons. La plus évidente pour nous est le vote, mais la contestation publique dans la presse, dans les blogs, sur twitter ou encore facebook en est aussi. Les manifestations, les émeutes. Tout cela fait partie d’une même idée directrice, exprimée à des niveaux différents, suivant des intensités de contestations différentes.

L’exemple Égyptien m’a permis d’isoler trois étapes distinctes dans ce processus, chacune entrainant un degré de révolution différent, que je vais ici détailler à travers mes yeux de « geek » « libriste » « paranoïaque » :

First, you trust them.

C’est la phase idéale.
Elle se situe soit loin en aval d’une révolution, soit loin en amont de celle-ci.
Parfois les deux à la fois.

C’est cette phase fragile, et probablement utopique, où on est en accord avec son gouvernement, où il répond à nos attentes, où on n’a virtuellement aucun reproche à lui faire, où on a confiance en lui.
Soit parce qu’il ne nous a jamais donné de raison de s’en méfier, soit parce qu’on l’a mis en place soi-même, et qu’il s’est prouvé être efficace et fiable.

Dans un monde parfait, ça ne serait jamais la première étape d’une révolution, mais toujours la dernière.

Malheureusement, notre monde n’est pas parfait.

Then, you fear them.

Les choses se compliquent.
Vous avez des points de désaccord avec votre gouvernement.
Être en désaccord avec son gouvernement, ça veut tout d’abord dire menacer sa stabilité, et sa légitimité. Un gouvernement apprécie souvent moyennement ce genre d’état de fait, et a souvent le réflexe plutôt « humain » de tenter d’enrayer ce mouvement.

  • par de la désinformation
  • afin de tenter d’amoindrir la légitimité de votre désaccord, ou plus audacieusement, prétendre qu’il n’y a pas matière à désaccord

  • par de la censure
  • étape liée, mais pas synonyme de désinformation.
    Il s’agit bien d’un pas en plus: le gouvernement a décidé que vous n’êtes plus endoctrinable, et que vos opinions, si propagées, risquent d’immuniser beaucoup de gens à la propagande du pouvoir en place.
    Pour garantir l’ordre et la continuité du pouvoir en place, vous êtes — plus ou moins violemment — privés de votre capacité de communiquer et de répandre vos idées.

    attention : la diffamation, les attaques ad hominem et la décrédibilisation sont des moyens de censure. Leur but est d’attaquer la crédibilité apportée à votre message et d’en bloquer la diffusion. C’est juste la méthode de censure la plus intelligente, vu qu’elle ne vous prive pas de votre liberté d’expression à proprement parler, mais « abuse » — si cela est possible — de la sienne pour rendre la votre inopérante. Cette méthode étant intelligente et comptant sur la stupidité et le manque de sens critique de ses citoyens, elle est assez peu utilisée, ou assez peu efficace. (lire ici : « les gouvernements sont souvent stupides, et leurs citoyens [plus] intelligents [que leur gouvernement] »)

    Un très bon exemple de son application est le cas des accusations d’agressions sexuelles de Jullian Assange, dans le contexte de Wikileaks.

  • par de la répression
    Vous avez été trop loin.
    Vos idées sont subversives, contagieuses, et ont échappé au contrôle de la censure.
    Le seul moyen que le gouvernement a d’assurer ses intérêts, sa stabilité et son « efficacité », est de vous mettre hors d’état de nuire. À moins d’être un terroriste avéré, votre façon de nuire étant surtout liée à votre capacité de communication, l’approche du pouvoir en place consiste principalement à mettre la main sur vous, et vous rendre physiquement incapable de communiquer. (intimidation, harcèlement physique ou moral, emprisonnement, torture, exécution)

Ces mesures sont rarement discrètes, surtout dans les « cercles » de gens en désaccord avec leur pouvoir.
Très naturellement, ces cercles, plus ou moins larges, s’organisent pour échapper à chacune de ces mesures le plus efficacement possible. Des moyens sont déployés, mis sur pied, partagés, et mis en application.

L’anonymat est un principe central et inhérent à cette défense. L’idée étant que si le gouvernement ne connait pas l’origine d’un contenu, il lui est difficile d’en bloquer la provenance, et de la même façon, si le gouvernement ne connait pas l’identité et l’adresse d’un individu « subversif », il ne peut pas lui mettre la main dessus pour le briser.

Une autre méthode, encore une fois illustrée par Julian Assange et Wikileaks, est celle de la fuite en avant. Elle repose sur le principe opposé qui dit que si votre cause est majoritairement soutenue par la population concernée par vos activités, et qu’assez de gens connaissent votre identité et ont les yeux rivés sur votre devenir, le pouvoir que vous menacez ne peut pas vous atteindre sans que ça soit remarqué par la majorité de ses sujets, et ainsi retourner une majorité de sa population contre lui.
Il est intéressant de noter que dans cette approche, si le pouvoir s’attaque à cette personnalité, c’est lui-même qui sert de propagateur de subversion, et qui lance l’appel à la révolution.

Bien évidemment, ces deux méthodes conviennent à des situations assez précises: il est peu prudent de compter sur une assurance vie médiatique quand on est un inconnu « insignifiant », comme il est dangereux de compter exclusivement sur un anonymat lorsqu’on est l’ennemi gouvernemental numéro 1. Dans un cas, il est très facile à l’état de vous priver de votre protection médiatique, dans l’autre il lui est très facile d’allouer assez de ressources pour vous pousser à faire un faux pas et révéler votre identité à ses agents.

Quoi qu’il en soit, c’est dans cette étape qu’on se sent (presque) tous.
Du moins, c’est dans cette étape qu’on veut se sentir.

Parce que c’est « cool », c’est « grisant », c’est même « James Bondien », mais pas seulement.
Pour un informaticien, ça représente une période d’or, où les nouvelles technologies de la décennie sont pensées, développées, mises en application.

Le principe de proxy, le protocole bittorrent, le réseau TOR, les moyens d’échapper à une « Cold Boot Attack » ont tous été mis au point par des gens ayant peur de représailles, du contrôle, se sentant en situation d’infériorité, et ressentant le besoin de forger des armes leur permettant de jouer à jeu égal avec un adversaire implacable.

Au fil du temps, c’est devenu une obsession, une passion, même un phénomène culturel : la culture « Hacker ».
Une escalade vers un cycle de construction, déconstruction, et re-construction avec renfort de tous les moyens technologiques d’assurer la sécurité de données, d’individus. Le but utilme, utopique et inateignable étant d’être dans un état de « sécurité absolue », de puissance infinie, de capacité d’exercer sa liberté d’expression, de désaccord, de révolution sans limitation, et sans crainte.

C’est devenu une part tellement importante de notre société, qu’on s’est pris au piège de considérer cette sécurité comme une fin en soi, un objectif absolu, la victoire.

Aujourd’hui, un peuple égyptien a giflé ces convictions, et a laissé mes conceptions K.O, face contre le ring.

Il y a une vie au delà de la sécurité « absolue », « impénétrable ».
Pour beaucoup de mes — modestement rares — lecteurs, je dois avoir l’air de leur parler d’un monde après le paradis.

Then, they fear you.

Alors que je fouillais la toile à la recherche de nouveaux outils technologiques d’anonymat et de « résistance informationnelle », que je discutais des enjeux et des dangers sur IRC, que je me préparais à créer les outils manquants et à les partager avec mes concitoyens — du réseau — égyptiens, j’ai rencontré un bug.

Les réseaux égyptiens reviennent progressivement en ligne. L’infrastructure se réveille, internet s’échauffe.
L’Égypte a soif d’échanges, d’informations, de temps-réel, et de liberté d’expression.
On ne sait pas à quelle condition le réseau a été ranimé, ce qui a été mis en place pendant son coma, aucune idée de la confiance qu’on peut lui accorder.
Le besoin de sécurité est évident, omniprésent.
C’est excitant.
J’ai envie de trouver des moyens de communiquer librement, de blogger, de tweeter, de chatter, de dénoncer, sur un ordinateur en lequel on n’a pas confiance, connecté à un routeur en lequel on n’a pas confiance, donnant accès à un réseau en lequel on n’a pas confiance, dans un pays dirigé par un gouvernement en lequel on n’a pas confiance.
Le défi est de taille. Toutes mes fibres « hacker » sont en ébullition, ma parano a un terrain de jeu, un bac à sable de 1 001 449 km².

C’est le pied, on va leur monter un réseau inébranlable, des connexions inviolables, des systèmes à l’épreuve du feu. On va leur donner des outils tellement géniaux qu’on aurait presque envie d’être sous une dictature pour pouvoir en justifier l’usage.

Vite, entrer en contact avec eux, discuter avec eux de leurs besoins les plus immédiats, leurs exigences, leurs critères, l’ordre de priorité des outils d’anonymat desquels ils ont le plus besoin ! Vite !!

[reconstitution]

  • koolfy : eh, toi, l’ami. Je suis en train de réfléchir à un moyen pour te permettre de blogger en toute impunité. Tu vas pouvoir dénoncer les pratiques de ton gouvernement comme tu voudras, en sécurité ! Tu vas pouvoir relater les faits de cette révolution sans prendre le moindre risque !
  • égyptien : ok.
  • égyptien : pour quoi faire ?
  • koolfy : pour éviter d’être censuré, emprisonné, persécuté pour tes idées et pour tes vérités !
  • égyptien : D’accord. C’est très gentil, mais je n’en ait pas besoin 😉

Là, je dois avouer qu’il a fallu que je marque une pause un moment, que je me retienne de le secouer et de lui répéter qu’il est en danger, dans le colimateur, et qu’il doit prendre des mesures pour assurer sa sécurité.
Il a fallu que je marque une pause, et que je comprenne que je n’ai rien à lui apprendre. C’est bien lui qui a une guerre d’avance sur moi.

Ce que je comprends petit à petit, c’est que le 25 janvier a marqué un basculement dont je n’avais pas pleinement réalisé la nature.

Les citoyens n’ont plus peur de leur gouvernement.

C’est une phrase que j’ai entendu des dizaines de fois, sans la comprendre. Tout le monde l’a probablement comprise autour de moi, c’est probablement mon esprit « hacker » et d’informaticien qui m’a brouillé l’esprit.

Qu’est ce que ça implique ?
Cela implique que les citoyens n’ont plus besoin d’être anonymes. Cela implique qu’ils sont désormais libres de s’exprimer pleinement, à visage découvert.
Ils n’ont pas peur de représailles de leur gouvernement, c’est eux qui terrorisent leur gouvernement, qui fait tout ce qu’il peut pour garder la face, avoir l’air en contrôle d’une situation qui le dépasse.
Actuellement, c’est le gouvernement égyptien qui est en résistance. Et il est en train de jouer ses dernières cartes.

Matériellement, le rapport de force n’a pas changé. Les effectifs du gouvernement sont les mêmes, leur efficacité n’a pas changé, techniquement, les citoyens sont plus en danger que jamais de subir des représailles.
En réalité, le gouvernement egyptien est débordé, ne peut plus exercer une répression systématique, et n’a plus de raison de le faire: cette répression avait pour but d’empêcher les citoyens d’entrer en révolution, cette bataille a été perdue. Les enjeux ont changé, les stratégies ont suivi, les risques ont basculé.

C’est ici que se trouve la nuance que j’espère apporter à mes confrères, qui partagent probablement mon erreur. C’est ceci qui a motivé la rédaction de ce — long — article:
L’anonymat, la sécurité informatique, l’expression libre d’opinions et d’informations n’est pas une fin en soi. elle est nécessaire dès le départ, et jusqu’au bout de la révolution, et probablement bien après, mais son rôle culmine dans une étape intermédiaire.

Nos outils de cryptoanarchistes paranos ne sont pas les armes de la bataille finale qu’on aiguise en se voyant triompher d’un pouvoir illégitime le clavier à la main.
Ces outils ne sont qu’une des étapes ammorçant la vraie révolution effective, l’étape où la masse critique est atteinte, où la prise de conscience est atteinte.

À force de fantasmer sur le moyen de prise de conscience idéal et impuni, on a peut-être oublié qu’une révolution, ça s’accomplit à l’air libre, en « AFK » (ndlr: Away From Keyboard), ça se gagne en criant, en chantant, en marchant et en manifestant à visage découvert.

Then you win.

Ce qui est intéressant de conclure ici, c’est que mener une révolution contre un gouvernement abusif, ce n’est pas une course vers la prise de conscience, une course vers la communication.
C’est une course de fond, un passage de relai, une étape, menant progressivement et lentement vers le sprint final.

Ce sprint, c’est simplement de dépasser la peur de la répression.
L’annihilation de la répression n’est qu’un peaufinement de la révolution, qui survient naturellement une fois le vrai basculement atteint.

Ce basculement est psychologique, pas politique, ni matériel: il s’agit du moment où le contrôle que le gouvernement exerçait sur nous en créant de la peur par la répression saute. Une fois cette peur disparue, plus aucun contrôle ne subsiste, et la suite de la révolution ne consiste plus qu’à finir de faire comprendre au pouvoir sortant qu’il ferait mieux, pour sa propre sécurité, de ne pas insister, de s’organiser entre citoyens et de mettre en place des élections, une démocratie, un gouvernement légitime.

Ce qui me fascine dans cette prise de conscience, c’est le fait de réaliser que le gouvernement n’a comme emprise sur nous que la peur, [ir]rationnelle, immatérielle, qu’il nous inspire. Une fois qu’un peuple réalise que la peur que son régime a instauré est surfaite, ou ne compense plus les enjeux, toute emprise disparait, et le peuple regagne instantanément l’initiative.

Partant de ce constat que la seule emprise que le gouvernement abusif a sur nous n’est que la somme des peurs qu’il nous imprime, on est en droit de se demander quelle est la raison d’être du ton de nos Journaux Télévisés, des programmes de nos chaines nationales, du contenu de nos articles de journaux, du ton de nos dirigeants, et de leurs mensonges.

« Notre gouvernement nous contrôle par la peur. » : une autre phrase entendu mille fois, et qui redouble de sens à la lueur de ces conclusions.

Et nous, là dedans ?

Après avoir décomposé et structuré des étapes, des niveaux différents dans un état de révolution permanente, où se situe notre société ?

D’après moi, notre situation, une situation saine pour un gouvernement sain et une population avisée, c’est un équilibre entre la première et la seconde étape.

J’entends par là un mélange de confiance en notre gouvernement, nécessaire à son bon fonctionnement, et de méfiance à son égard, une peur mesurée, une crainte et une méfiance saine.

Si d’après moi, la « révolution » est un état permanent et nécessaire, son escalade n’existe qu’en présence d’un pouvoir abusif.

Je n’ai pas une confiance absolue en la plupart des gouvernements auxquels je peux être soumis, mais tous ne sont pas bons à renverser.

Du moins, pas aujourd’hui.

En attendant… « Courage is contagious »

Sep 232010
 

Pourquoi je ne serai probablement jamais en 20Mbits en Belgique.

Récemment, l’opérateur historique et monopolistique belge, Belgacom —auquel je suis abonné—, a mis à la disposition de ses clients une infrastructure rénovée.
Parmi les améliorations, un pas a été fait vers la dissolution des quotas tels qu’on les a connus, et une nette amélioration des débits des connexions.

«Hourra ! Enfin !!» ? Presque.

Il se trouve que Belgacom, pour des raisons qui me sont inconnues et que je ne critiquerai pas sans avoir plus d’informations, a décidé d’offrir de l’ADSL et du VDSL2. L’ADSL tendant à disparaitre (servant de transition) et étant plafonné à 12mbits/s, et le vdsl allant jusqu’à 20mbits/s voir plus, et qui continuera de progresser.
Le problème ne saute pas aux yeux, et est lié à ce choix du VDSL.

Cette technologie semble être affreusement peu répandue parmi les offres de modem/routeurs, et en trouver un (même mauvais) semble être ridiculement compliqué.
Dans la pratique, la seule solution viable, c’est d’acheter la Belgacom Box chez… Belgacom.

Et, tant que le choix me sera laissé, je refuserai catégoriquement et régulièrement de céder à cette contrainte qui me semble absolument artificielle et dénuée de justification technique.

Pourquoi une *Box est, aujourd’hui, moralement inacceptable.

Par où commencer.

Tout d’abord :

C’est de la merde.

Il y a une raison pour laquelle un geek n’achète pas un routeur à la fnac en se basant sur le sourire du pépé sur la boite.
Un modem/routeur, c’est un des dispositif les plus essentiels de l’installation informatique d’une maison moderne. C’est lui qui vous relie à Internet, aux sources d’informations, à de la musique en ligne, à vos divertissements, à vos mails, vos paiements en ligne, vos amis…
Bref, le modem/routeur est la petite boite qui vous relie au reste du monde.
Lors de l’achat d’un modem/routeur, le «geek» évalue plusieurs paramètres parmis lesquels: «si j’ai pas accès à Internet pendant plus de 3 minutes à cause de cette boite, je la recycle en cuvette de toilette hi-tech», et ensuite «quelles seront mes possibilités de customisations», «durée de vie» et tout ce qui s’applique à tout matériel informatique.
En clair, on n’achète pas un pacemaker dans une brocante.

Une *Box, par définition, c’est une boite noire (de couleur blanche, bien souvent, pour brouiller les pistes) totalement opaque, qui fait tout et rien à la fois, qui a été conçu avec l’idée très chère à Apple que
«Moins on sait faire avec, mieux c’est.
Moins y’a d’options, mieux c’est.
Moins on peut adapter à ses besoins, mieux c’est.
Et moins l’utilisateur a le droit d’améliorer le logiciel, mieux c’est !
»
Du coup on se voit remettre un modem/routeur qui ne nous appartient même pas (on nous le prête juste assez pour qu’on puisse bénéficier de l’Internet qu’on paie.) et qui remplit à peu près 3% de nos besoins.

Et on ferait mieux de se faire une raison, parce que c’est ça ou rien.

Après, bien évidemment, ce modem/routeur a été conçu et programmé par des incompétents notoires qui commercialisent massivement dans tout le pays un modem/routeur qui ne respecte pas les standards et conventions d’Internet (Vous imaginez que l’État vous oblige à tous utiliser le même modèle de voiture, qui s’avère incapable de respecter le code de la route, et qu’il est illégal de rendre conforme aux consignes de sécurité routière ?), qui a la maniabilité et les avantages d’une boite à chaussure, et qui —monopole oblige— n’a à aucun moment aucune raison de se remettre en question ni de s’améliorer.

Ce qui nous mène au point suivant:

Pas de concurrence: Super nouvelle pour l’opérateur, désastre pour l’utilisateur.

De façon logique, si le seul moyen de se connecter à un FAI c’est un routeur qu’il vous vends lui-même, il n’aura jamais à s’inquiéter du fait que tous les routeurs du monde font son job 40 000 fois mieux que lui.

ça veut dire :

  • Tout manquement qui conduirait un modem/routeur à un échec commercial colossal pour un vendeur de routeur, n’aura ici aucune influence sur la réussite de la propagation du modèle fourni par le FAI
  • De la même façon, peu importe la qualité du boitier fourni, tant qu’il est suffisamment efficace pour ne pas être motif à poursuite judiciaire, le FAI ne souffrira jamais de conséquences financières liées à la qualité du produit. Ni positive, ni négative. (exception faite du taux de retour des modèles défectueux)

(remarquez ici qu’on vient d’éliminer tout ce qui fait la symbiose entre une entreprise et ses clients : le fait même que fournir un produit de qualité est profitable pour les deux parties. Le meilleur moyen d’être profitable pour le FAI est désormais de fournir un produit minimal de qualité médiocre.)

  • Le FAI n’est pas tenu de prendre en compte les besoins de différent types d’utilisateurs, donc soit tous les débutants seront sacrifiés, soit tous les utilisateurs confirmés le seront. Et c’est moins cher d’offrir un produit «Playskool» à des débutants.
  • L’innovation, ça coûte cher, l’entretien du logiciel, ça prends du temps, le respect de l’utilisateur, ça prends les deux à la fois et ça n’apporte plus rien comme avantage.

Je n’ai pas besoin de continuer: tout le monde aura compris qu’un monopole, surtout dans un domaine aussi prédisposé à l’évolution à l’innovation et à l’amélioration que l’informatique, est un motif de stagnation et de dégradation.

Je veux pouvoir choisir un modem/routeur parce que je sais que l’entreprise mise sur la fiabilité de son produit, je veux pouvoir conseiller un modem/routeur à ma grand-mère parce que je sais que ce modèle a une interface minimaliste mais suffisante, qu’elle saura utiliser elle-même sans trop de difficultés, je veux avoir le choix d’utiliser du matériel de qualité avec un logiciel en béton, sécurisé comme les portes des enfers et flexible comme du bambou pour le job que j’assure depuis mon domicile.
Je refuse qu’on m’impose des solutions inadaptées parce que j’ai commis l’erreur de ne pas être inapte à l’informatique et d’avoir des besoins et des exigeances supérieures à celles de ma grand-mère.

Ma vie privée n’est pas négociable.

Je garde l’argument le plus important, le plus inaliénable, le plus grave pour la fin.

Je vous expliquais que ces *Box sont des boites opaques, on ne sait pas ce qu’elles font, on ne sait pas comment elles le font, on ne sait pas ce qu’elles transmettent ni à qui.

Belgacom est un fournisseur d’accès à Internet, c’est à dire un intermédiaire technique que les traités comme l’ACTA ont tenté de rendre responsable des informations qui passent par eux pour arriver sur Internet, et les transformer en polices privées de l’Internet, vérifiant, ouvrant et filtrant tout paquet d’information qui transite par eux.
Les lois comme HADOPI et LOPPSI vont dans ce sens en France, et Philippe Monfils (MR) a tenté d’importer HADOPI en Belgique.
Par conséquent, dans mon pays, dont le gouvernement a déjà tenté d’attenter à ma vie privée et ma liberté d’expression par une loi de type HADOPI dont la main exécutoire serait le FAI, abonné à Belgacom, FAI monopolistique et dont le principal actionnaire est ce gouvernement en lequel je n’ai plus confiance, je considère que moins je délègue mes libertés fondamentales à des acteurs intéressés dans leur dépression, mieux mes droits seront assurés, et mieux se portera le régime démocratique de mon pays. Même si demain la Belgique décide que je n’ai plus droit à ces libertés.

Il n’est pas question ici de paranoïa, mais du risque calculé que je cours, suite aux observations factuelles et indiscutables que la liberté d’expression, l’anonymat, le partage de la culture et l’exercice sain d’un régime démocratique (qui ne se résume pas à voter une fois par an) sont régulièrement mises en péril, j’estime qu’il est prudent de garder le contrôle de ces éléments. D’autant plus que je n’ai aucune raison de remettre mes libertés à autrui en espérant qu’il n’ait pas un jour une bonne raison de m’en priver.

Ces *Box sont donc opaques, et un point stratégique de l’exercice de droits fondamentaux et démocratiques, qui a déjà été menacé sur Internet par des lois liberticides.
Si Internet est le nerf de la guerre, il n’est pas le seul menacé ici.
Pour les mêmes raisons, le Triple-Play est un danger colossal.
Il est question, ici, que ce boitier qu’on vous prête, sur lequel vous n’avez aucun contrôle, aucune information, qui vous est remis par des intermédiaires desquels vous avez appris à vous méfier, contrôle à la fois tout votre trafic internet, tous vos appels téléphoniques ainsi que tout ce que vous regardez à la télévision.

Si on critique régulièrement Google, Microsoft et Facebook pour concentrer inutilement plusieurs services entre leurs mains, comme votre courrier, votre vision d’Internet (via les moteurs de recherche) et ce que vous avez ou non le droit de publier (Youtube etc), il est ici question de remettre à UN SEUL INTERMÉDIARE la possibilité technique de contrôler et de surveiller tout votre trafic internet, le moindre de vos appels téléphonique, ainsi que son contenu, et de savoir à tout moment quelle émission vous regardez, quand, et éventuellement vous refuser l’accès à certains programes.

L’écoute téléphonique systématique, c’est de la blague, à coté.
Refuser de mettre tous ses œufs dans le même panier troué, ce n’est pas de la paranoïa, c’est de la saine prudence. Surtout quand on voit des œufs cassés par terre partout autour de soi.

« Mais t’as pas envie d’avoir Internet super rapide et tous les avantages du Triple-Play ? »

Oui, évidemment, ce sont des avancées technologiques créant des possibilités infinies, et des interactions logicielles éblouissantes.

Mais Internet, c’est Internet.
Internet ne cesse pas d’être Internet en dessous de 20mbps.
Par contre, Internet cesse d’être Internet quand quelqu’un contrôle mon accès, l’intercepte et l’altère.
Je préfère avoir de l’Internet un peu plus lent, et échanger des images de CD d’installation Linux un peu plus lentement, et exercer ma liberté d’expression en publiant du texte légèrement moins vite, que d’avoir le droit de télécharger de la propagande politique à des vitesses astronomiques, et publier des articles qui seront relus et corrigés par mon gouvernement.

Le téléphone, c’est pas un jouet.
Actuellement, j’ai le téléphone, et mon téléphone ne sera probablement pas plus efficace s’il vient d’une *Box. Le téléphone n’a pas à être sous écoute, n’a pas à être écoutable. C’est privé et il y a de bonnes raisons si les écoutes téléphoniques ont historiquement déclenché des scandales.
La communication, que ça soit par Internet, par le téléphone ou par courrier, c’est sacré, ça l’a toujours été, ça doit toujours l’être, et si on menace son intégrité par Internet et par le téléphone, je vous jure que je ne serai pas le seul à faire transiter du trafic Internet et des communications par le bon vieux courrier.
Pourquoi on devrait traiter différemment le courrier écrit et le courrier téléphonique/informatique ? Même fonction, mêmes enjeux, même régime, pas négociable.
Point.

La télévision est encore un vestige de l’époque où le seul moyen de s’informer était de s’asseoir et d’attendre qu’un média autorisé (politiquement ou financièrement) diffuse une information. Il n’est pas question ici de discuter de sa pertinence actuelle, mais du fait qu’il est plus efficace de dresser un profil d’un individu en surveillant quels médias il lit, quels articles, pendant combien de temps, avec quelle régularité, qu’en le mettant sur écoute téléphonique.
Il s’agit d’un enjeux énorme, et même si je n’utilise quasiment plus ce type de média dit «vertical», je ne suis pas certain de vouloir vivre dans un pays où la télévision serait condamnée à passer par une boite opaque en laquelle je n’ai aucune confiance et dont mon gouvernement a peut-être le contrôle.

Tu proposes quoi alors ?

Le choix, et son synonyme : la liberté.

Si mon fournisseur d’accès internet fait de la merde et me met moi, mes proches et mon régime démocratique en danger, je veux pouvoir changer de fournisseur.
Si une entreprise fournit des modem/routeurs avec des failles de sécurités qui m’inquiètent, je veux pouvoir changer de modèle, changer de marque.

J’ai plus confiance en des entreprises privées en concurrence légitime dont le premier intérêt est d’être profitable, et qui sont d’autant plus profitables que leurs produits sont de qualité, qu’en une entreprise tenant un monopole en main, dont l’actionnaire principal est un gouvernement, et dont les intérêts sont de gagner de l’argent (sans que la qualité de leur produit ne présente d’intérêt —même indirect— pour eux) ou de se plier aux exigeances de ses actionnaires qui ont intérêt à me surveiller pour appliquer leurs lois anti-démocratiques et liberticides, et de restreindre mon pouvoir démocratique pour m’empêcher d’élire un gouvernement qui remettrait en question celui en place actuellement.

Je veux donc un fournisseur d’accès internet associatif en Belgique, un abonnement téléphonique résultant d’un marché concurrentiel entre entreprises privées, et d’une télévision qui soit dans les mêmes conditions.

Je dirais même plus, j’exige d’avoir le droit et la possibilité d’exercer mes libertés fondamentales parce que je l’ai décidé, et pas parce que/quand on me le permet, et de les exprimer par des intermédiaires dignes de confiance et révocables en cas d’abus de confiance, quand il ne m’est pas possible de les exprimer par moi-même.

Si la réponse à cette exigance est négative, je ne suis plus dans un régime démocratique.
Et on a tous un gros problème.

Avr 232010
 

Bonjour et bienvenue sur la première entrée de mon premier (vrai) « blog ».

Afin de mieux comprendre ce qu’on fait tous ici, moi à rédiger, vous à lire, et plus concrètement pourquoi ce « blog », pourquoi moi, et où nous allons, je commencerai par une petite introduction.

Qui ?

Ce « blog » étant l’espace de communication de mes opinions personnelles, de mes visions et conceptions, mon identité a une importance.
Autant aller droit au but : je m’appelle Daniel Faucon, dit « .koolfy ».

Je suis né belge en 1989, et suis donc âgé de (seulement) 20 ans, résidant à Bruxelles, la capitale du pays.

Je suis actuellement étudiant en Sciences Informatiques à l’UCL (Université Catholique de Louvain, située à Louvain-La-Neuve)

Je me suis tourné vers l’informatique comme hobby très tôt dans mon enfance, et ce hobby m’a suivi jusqu’aujourd’hui. Ce thème occupe donc une position centrale parmis mes centres d’intérêt.

D’ici quelques jours je fêterai fièrement 5 années consécutives à n’utiliser que l’Operating System GNU/Linux, et presque 10 ans depuis sa découverte.

Avant d’aller plus loin, je le dis en toutes lettres pour ceux qui ne l’auraient pas lu entre les lignes : Je suis entièrement convaincu de l’efficacité et de la nécessité de logiciels libres, et à fortiori, d’un internet libre.

Après toutes ces années, j’ai commencé à chercher comment « rendre à la communauté » tout ce qu’elle m’avait apporté, j’ai donc décidé de devenir actif, et à ce titre, j’assure les fonctions de :

  • Co-fondateur et rédacteur du « blog informatique » Geekfault.org
  • Co-fondateur et membre actif du Linux User Group de Louvain-La-Neuve Louvilug.be
  • Co-fondateur, porte-parole et community-manager de l’association NURPA.be (Net User’s Rights Protection Association)

Quoi ?

Ce « blog » n’est pas un journal intime, ni le récit de ma vie. Il n’est pas non plus la voix d’aucune association ni d’aucune personne autre que moi, à titre strictement personnel.

Son but sera d’exprimer mes opinions, mes objections, mes remarques et mes témoignages en ce qui concerne les libertés informatiques, tant au niveau du logiciel que du réseau internet.

Pourquoi…

…ce blog ?

Parce que depuis que je me suis investis dans le thème des libertés informatiques, j’ai passé d’innombrables heures à faire couler des bytes dans les logs de divers protocoles de communication —principalement irc— à m’enliser dans de longs débats stériles aussi appelés « trolls » et que je pense avoir atteint un stade où lancer des idées dans une cage pleine de fauves ne cherchant qu’à les déchiqueter entre leurs crocs sans se préoccuper de leur contenu ne suffit plus, et où il semble que j’ai des opinions à partager qui méritent d’être lues et diffusées sur un réseau tourné vers l’extérieur, et plus enfermées dans un sous-réseau renfermé. (bien que celui-ci ait constitué une étape essentielle dans mon apprentissage)

Parce que ma fonction au sein de la NURPA m’a souvent amené à vivre, observer et comprendre des choses qui ne sont pas évidentes assis devant son clavier, et que je me suis souvent retrouvé à expliquer et témoigner les mêmes choses à de nombreuses personnes à de nombreuses occasions, et à répondre aux mêmes questions un bon nombre de fois.
En bon informaticien, j’ai donc décidé d’automatiser le processus 🙂

…ce titre ?

Ce titre est tiré de l’univers du jeu « Portal », dont l’histoire fantastique est ponctuée à la fois de la promesse d’un « Cake », et de la présence d’inscriptions manuscrites à la craie sur les murs répétant sans cesse « The cake is a lie. The cake is a lie. The cake is a lie… ».

« The net is a lie. », le nom et slogan de ce « blog » est également une inspiration du discours de Benjamin Bayart dans ses conférences « Minitel 2.0 » où il oppose l’essence même d’un réseau « internet » et celle d’un réseau « minitel », pour conclure qu’internet tel qu’on l’utilise, tel qu’on nous le vends et tel que le monde politique nous le présente n’est qu’un mensonge, se rapprochant d’une sorte de « Minitel 2.0 ».

« The net is a lie. » est donc à voir comme une boutade destinée à nous forcer à nous poser la question de si ce qu’on achète et utilise est-il réellement de l’internet ? Et comment en faire de l’internet.

…me répondre ?

Parce que j’ai 20 ans, et que malgré mes responsabilités je suis loin d’être et de me considérer « au point ». Je suis jeune, inexpérimenté, faillible et au début de ce parcours d’initiation et d’apprentissage perpétuel qu’on appelle la vie.

À ce titre, et en accord avec mes convictions logicielles, je considère que la meilleure façon de trouver les failles de mes raisonnements c’est de les exposer au grand public, et d’en lire les rapports de bugs afin de les affiner , les optimiser et les renforcer, dans le but de mieux penser, mieux comprendre et mieux défendre les libertés que mes différentes fonctions m’amènent à défendre.

Je vous encourage donc à ne pas vous arrêter à la lecture de mes publications, mais bien à me contacter par mail, en commentaire, ou pour faire du vrai « internet » : sur votre propre « blog », en rédigeant et publiant une réponse ouverte sur une machine que vous possédez le plus possible (sans oublier de me « push » une notification par mail/commentaire pour éviter que je ne passe à coté de votre réponse 😉 )

…tu nous fais la morale sur internet vs minitel si ton blog est chez ovh et pas chez toi ?

Question très légitime, réponse évasive mais pas moins légitime : Je n’ai actuellement pas la possibilité matérielle ni financière de disposer d’un serveur allumé 24/7 chez moi, ni de disposer d’une connexion montante suffisante, j’ai donc fait du mieux que j’ai pu en déployant un WordPress sur une machine que je loue et contrôle le plus possible.


Voila, je pense avoir fait le tour des questions préliminaires à balayer, j’espère donc pouvoir publier mes premières réflexions le plus tôt possible, en tenant compte de mon emploi du temps et de mes obligations académiques.
Merci de votre intérêt.