Sep 232010
 

Pourquoi je ne serai probablement jamais en 20Mbits en Belgique.

Récemment, l’opérateur historique et monopolistique belge, Belgacom —auquel je suis abonné—, a mis à la disposition de ses clients une infrastructure rénovée.
Parmi les améliorations, un pas a été fait vers la dissolution des quotas tels qu’on les a connus, et une nette amélioration des débits des connexions.

«Hourra ! Enfin !!» ? Presque.

Il se trouve que Belgacom, pour des raisons qui me sont inconnues et que je ne critiquerai pas sans avoir plus d’informations, a décidé d’offrir de l’ADSL et du VDSL2. L’ADSL tendant à disparaitre (servant de transition) et étant plafonné à 12mbits/s, et le vdsl allant jusqu’à 20mbits/s voir plus, et qui continuera de progresser.
Le problème ne saute pas aux yeux, et est lié à ce choix du VDSL.

Cette technologie semble être affreusement peu répandue parmi les offres de modem/routeurs, et en trouver un (même mauvais) semble être ridiculement compliqué.
Dans la pratique, la seule solution viable, c’est d’acheter la Belgacom Box chez… Belgacom.

Et, tant que le choix me sera laissé, je refuserai catégoriquement et régulièrement de céder à cette contrainte qui me semble absolument artificielle et dénuée de justification technique.

Pourquoi une *Box est, aujourd’hui, moralement inacceptable.

Par où commencer.

Tout d’abord :

C’est de la merde.

Il y a une raison pour laquelle un geek n’achète pas un routeur à la fnac en se basant sur le sourire du pépé sur la boite.
Un modem/routeur, c’est un des dispositif les plus essentiels de l’installation informatique d’une maison moderne. C’est lui qui vous relie à Internet, aux sources d’informations, à de la musique en ligne, à vos divertissements, à vos mails, vos paiements en ligne, vos amis…
Bref, le modem/routeur est la petite boite qui vous relie au reste du monde.
Lors de l’achat d’un modem/routeur, le «geek» évalue plusieurs paramètres parmis lesquels: «si j’ai pas accès à Internet pendant plus de 3 minutes à cause de cette boite, je la recycle en cuvette de toilette hi-tech», et ensuite «quelles seront mes possibilités de customisations», «durée de vie» et tout ce qui s’applique à tout matériel informatique.
En clair, on n’achète pas un pacemaker dans une brocante.

Une *Box, par définition, c’est une boite noire (de couleur blanche, bien souvent, pour brouiller les pistes) totalement opaque, qui fait tout et rien à la fois, qui a été conçu avec l’idée très chère à Apple que
«Moins on sait faire avec, mieux c’est.
Moins y’a d’options, mieux c’est.
Moins on peut adapter à ses besoins, mieux c’est.
Et moins l’utilisateur a le droit d’améliorer le logiciel, mieux c’est !
»
Du coup on se voit remettre un modem/routeur qui ne nous appartient même pas (on nous le prête juste assez pour qu’on puisse bénéficier de l’Internet qu’on paie.) et qui remplit à peu près 3% de nos besoins.

Et on ferait mieux de se faire une raison, parce que c’est ça ou rien.

Après, bien évidemment, ce modem/routeur a été conçu et programmé par des incompétents notoires qui commercialisent massivement dans tout le pays un modem/routeur qui ne respecte pas les standards et conventions d’Internet (Vous imaginez que l’État vous oblige à tous utiliser le même modèle de voiture, qui s’avère incapable de respecter le code de la route, et qu’il est illégal de rendre conforme aux consignes de sécurité routière ?), qui a la maniabilité et les avantages d’une boite à chaussure, et qui —monopole oblige— n’a à aucun moment aucune raison de se remettre en question ni de s’améliorer.

Ce qui nous mène au point suivant:

Pas de concurrence: Super nouvelle pour l’opérateur, désastre pour l’utilisateur.

De façon logique, si le seul moyen de se connecter à un FAI c’est un routeur qu’il vous vends lui-même, il n’aura jamais à s’inquiéter du fait que tous les routeurs du monde font son job 40 000 fois mieux que lui.

ça veut dire :

  • Tout manquement qui conduirait un modem/routeur à un échec commercial colossal pour un vendeur de routeur, n’aura ici aucune influence sur la réussite de la propagation du modèle fourni par le FAI
  • De la même façon, peu importe la qualité du boitier fourni, tant qu’il est suffisamment efficace pour ne pas être motif à poursuite judiciaire, le FAI ne souffrira jamais de conséquences financières liées à la qualité du produit. Ni positive, ni négative. (exception faite du taux de retour des modèles défectueux)

(remarquez ici qu’on vient d’éliminer tout ce qui fait la symbiose entre une entreprise et ses clients : le fait même que fournir un produit de qualité est profitable pour les deux parties. Le meilleur moyen d’être profitable pour le FAI est désormais de fournir un produit minimal de qualité médiocre.)

  • Le FAI n’est pas tenu de prendre en compte les besoins de différent types d’utilisateurs, donc soit tous les débutants seront sacrifiés, soit tous les utilisateurs confirmés le seront. Et c’est moins cher d’offrir un produit «Playskool» à des débutants.
  • L’innovation, ça coûte cher, l’entretien du logiciel, ça prends du temps, le respect de l’utilisateur, ça prends les deux à la fois et ça n’apporte plus rien comme avantage.

Je n’ai pas besoin de continuer: tout le monde aura compris qu’un monopole, surtout dans un domaine aussi prédisposé à l’évolution à l’innovation et à l’amélioration que l’informatique, est un motif de stagnation et de dégradation.

Je veux pouvoir choisir un modem/routeur parce que je sais que l’entreprise mise sur la fiabilité de son produit, je veux pouvoir conseiller un modem/routeur à ma grand-mère parce que je sais que ce modèle a une interface minimaliste mais suffisante, qu’elle saura utiliser elle-même sans trop de difficultés, je veux avoir le choix d’utiliser du matériel de qualité avec un logiciel en béton, sécurisé comme les portes des enfers et flexible comme du bambou pour le job que j’assure depuis mon domicile.
Je refuse qu’on m’impose des solutions inadaptées parce que j’ai commis l’erreur de ne pas être inapte à l’informatique et d’avoir des besoins et des exigeances supérieures à celles de ma grand-mère.

Ma vie privée n’est pas négociable.

Je garde l’argument le plus important, le plus inaliénable, le plus grave pour la fin.

Je vous expliquais que ces *Box sont des boites opaques, on ne sait pas ce qu’elles font, on ne sait pas comment elles le font, on ne sait pas ce qu’elles transmettent ni à qui.

Belgacom est un fournisseur d’accès à Internet, c’est à dire un intermédiaire technique que les traités comme l’ACTA ont tenté de rendre responsable des informations qui passent par eux pour arriver sur Internet, et les transformer en polices privées de l’Internet, vérifiant, ouvrant et filtrant tout paquet d’information qui transite par eux.
Les lois comme HADOPI et LOPPSI vont dans ce sens en France, et Philippe Monfils (MR) a tenté d’importer HADOPI en Belgique.
Par conséquent, dans mon pays, dont le gouvernement a déjà tenté d’attenter à ma vie privée et ma liberté d’expression par une loi de type HADOPI dont la main exécutoire serait le FAI, abonné à Belgacom, FAI monopolistique et dont le principal actionnaire est ce gouvernement en lequel je n’ai plus confiance, je considère que moins je délègue mes libertés fondamentales à des acteurs intéressés dans leur dépression, mieux mes droits seront assurés, et mieux se portera le régime démocratique de mon pays. Même si demain la Belgique décide que je n’ai plus droit à ces libertés.

Il n’est pas question ici de paranoïa, mais du risque calculé que je cours, suite aux observations factuelles et indiscutables que la liberté d’expression, l’anonymat, le partage de la culture et l’exercice sain d’un régime démocratique (qui ne se résume pas à voter une fois par an) sont régulièrement mises en péril, j’estime qu’il est prudent de garder le contrôle de ces éléments. D’autant plus que je n’ai aucune raison de remettre mes libertés à autrui en espérant qu’il n’ait pas un jour une bonne raison de m’en priver.

Ces *Box sont donc opaques, et un point stratégique de l’exercice de droits fondamentaux et démocratiques, qui a déjà été menacé sur Internet par des lois liberticides.
Si Internet est le nerf de la guerre, il n’est pas le seul menacé ici.
Pour les mêmes raisons, le Triple-Play est un danger colossal.
Il est question, ici, que ce boitier qu’on vous prête, sur lequel vous n’avez aucun contrôle, aucune information, qui vous est remis par des intermédiaires desquels vous avez appris à vous méfier, contrôle à la fois tout votre trafic internet, tous vos appels téléphoniques ainsi que tout ce que vous regardez à la télévision.

Si on critique régulièrement Google, Microsoft et Facebook pour concentrer inutilement plusieurs services entre leurs mains, comme votre courrier, votre vision d’Internet (via les moteurs de recherche) et ce que vous avez ou non le droit de publier (Youtube etc), il est ici question de remettre à UN SEUL INTERMÉDIARE la possibilité technique de contrôler et de surveiller tout votre trafic internet, le moindre de vos appels téléphonique, ainsi que son contenu, et de savoir à tout moment quelle émission vous regardez, quand, et éventuellement vous refuser l’accès à certains programes.

L’écoute téléphonique systématique, c’est de la blague, à coté.
Refuser de mettre tous ses œufs dans le même panier troué, ce n’est pas de la paranoïa, c’est de la saine prudence. Surtout quand on voit des œufs cassés par terre partout autour de soi.

« Mais t’as pas envie d’avoir Internet super rapide et tous les avantages du Triple-Play ? »

Oui, évidemment, ce sont des avancées technologiques créant des possibilités infinies, et des interactions logicielles éblouissantes.

Mais Internet, c’est Internet.
Internet ne cesse pas d’être Internet en dessous de 20mbps.
Par contre, Internet cesse d’être Internet quand quelqu’un contrôle mon accès, l’intercepte et l’altère.
Je préfère avoir de l’Internet un peu plus lent, et échanger des images de CD d’installation Linux un peu plus lentement, et exercer ma liberté d’expression en publiant du texte légèrement moins vite, que d’avoir le droit de télécharger de la propagande politique à des vitesses astronomiques, et publier des articles qui seront relus et corrigés par mon gouvernement.

Le téléphone, c’est pas un jouet.
Actuellement, j’ai le téléphone, et mon téléphone ne sera probablement pas plus efficace s’il vient d’une *Box. Le téléphone n’a pas à être sous écoute, n’a pas à être écoutable. C’est privé et il y a de bonnes raisons si les écoutes téléphoniques ont historiquement déclenché des scandales.
La communication, que ça soit par Internet, par le téléphone ou par courrier, c’est sacré, ça l’a toujours été, ça doit toujours l’être, et si on menace son intégrité par Internet et par le téléphone, je vous jure que je ne serai pas le seul à faire transiter du trafic Internet et des communications par le bon vieux courrier.
Pourquoi on devrait traiter différemment le courrier écrit et le courrier téléphonique/informatique ? Même fonction, mêmes enjeux, même régime, pas négociable.
Point.

La télévision est encore un vestige de l’époque où le seul moyen de s’informer était de s’asseoir et d’attendre qu’un média autorisé (politiquement ou financièrement) diffuse une information. Il n’est pas question ici de discuter de sa pertinence actuelle, mais du fait qu’il est plus efficace de dresser un profil d’un individu en surveillant quels médias il lit, quels articles, pendant combien de temps, avec quelle régularité, qu’en le mettant sur écoute téléphonique.
Il s’agit d’un enjeux énorme, et même si je n’utilise quasiment plus ce type de média dit «vertical», je ne suis pas certain de vouloir vivre dans un pays où la télévision serait condamnée à passer par une boite opaque en laquelle je n’ai aucune confiance et dont mon gouvernement a peut-être le contrôle.

Tu proposes quoi alors ?

Le choix, et son synonyme : la liberté.

Si mon fournisseur d’accès internet fait de la merde et me met moi, mes proches et mon régime démocratique en danger, je veux pouvoir changer de fournisseur.
Si une entreprise fournit des modem/routeurs avec des failles de sécurités qui m’inquiètent, je veux pouvoir changer de modèle, changer de marque.

J’ai plus confiance en des entreprises privées en concurrence légitime dont le premier intérêt est d’être profitable, et qui sont d’autant plus profitables que leurs produits sont de qualité, qu’en une entreprise tenant un monopole en main, dont l’actionnaire principal est un gouvernement, et dont les intérêts sont de gagner de l’argent (sans que la qualité de leur produit ne présente d’intérêt —même indirect— pour eux) ou de se plier aux exigeances de ses actionnaires qui ont intérêt à me surveiller pour appliquer leurs lois anti-démocratiques et liberticides, et de restreindre mon pouvoir démocratique pour m’empêcher d’élire un gouvernement qui remettrait en question celui en place actuellement.

Je veux donc un fournisseur d’accès internet associatif en Belgique, un abonnement téléphonique résultant d’un marché concurrentiel entre entreprises privées, et d’une télévision qui soit dans les mêmes conditions.

Je dirais même plus, j’exige d’avoir le droit et la possibilité d’exercer mes libertés fondamentales parce que je l’ai décidé, et pas parce que/quand on me le permet, et de les exprimer par des intermédiaires dignes de confiance et révocables en cas d’abus de confiance, quand il ne m’est pas possible de les exprimer par moi-même.

Si la réponse à cette exigance est négative, je ne suis plus dans un régime démocratique.
Et on a tous un gros problème.